LABODIVES

design d'information, ville et société

PROJETS

Posted on 05 janvier, 2015

World Youth Forum « right to dialogue »

« Journal des Jungles » est présenté au World Youth Forum « right to dialogue », du 30 septembre au 02 octobre 2016, Trieste, Italie

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Le Labo des Archives de la Revolte/Festival Hors Pistes, Centre Pompidou/Paris

« Journal des Jungles » au « Centre Pompidou »!
En collaboration avec Civic City les trois numéros de « Journal des Jungles » sont enregistrés par « le labo des Archives de la Revolte/Festival Hors Pistes », le 6 Mai 2016 au Centre Pompidou/Paris. 

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crédits photos : Afrouz RAZAVI

Journal des jungles, n°4, Avril 2015

Parution du nouveau numéro du journal des jungles. n°4 spécial « Vivre ensemble ». En collaboration avec: PSM (la Plateforme de Service aux Migrants).

Éditorial du Journal des Jungles n°4 :

Ce journal, comme les deux précédents numéros, a été développé dans le cadre d’une coopération entre la Plate-forme de Services aux Migrants (PSM) et des étudiants chercheurs de l’École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris (ENSADLAB). 

Un pas supplémentaire a été franchi. L’intention n’était plus uniquement de recueillir des paroles de migrants et de les restituer en plusieurs langues, mais bien de réaliser un journal avec un comité de rédaction dans lequel ces hommes et ces femmes de passage prendraient une place centrale. Deux temps successifs qui correspondent au recto et au verso de ce document permirent de réaliser cet échange autour du thème « Vivre ensemble ». 

Le premier jour, une modeste mais très efficace mise en scène favorisa un dialogue d’une incroyable richesse avec les habitants temporaires des camps de Norrent-Fontes et Tatinghem. Les jours suivants, les migrants intéressés ont participé à l’atelier d’écriture au même titre que des bénévoles d’association et les étudiants chercheurs de l’ENSADLAB. Donner la parole aux migrants, la possibilité de s’exprimer directement, est un fait suffisamment rare pour qu’il soit noté. Mieux, cette résidence nous donna l’occasion de réfléchir et de concevoir ensemble le contenu de ce journal. La question des langues ne pouvait qu’être centrale, elle le fut le temps de l’élaboration, elle doit le rester pour faciliter la lecture de tous.

 

Je n’ai jamais rêvé d’être immigrant clandestin :

Suis-je dans l’illégalité ? Si oui, qui sont les citoyens légaux du monde ?

Les compagnies multinationales qui se ruent pour exploiter des ressources sans limites ? Ou les dictateurs du monde émergeant qui autocrates des pays pauvres ont la permission

illimitée d’aller n’importe où. Cependant, les citoyens ordinaires qui ont quitté leur famille et leur maison à cause des violations des droits de l’homme et des actions brutales

de ces mêmes politiciens, eux n’ont nulle part où aller. Nous avons traversé des déserts et des océans, nous avons échappé à la mort. Et pourtant, nous devons encore lutter contre ce temps hivernal étrange en dormant sous la tente ou dans une petite pièce, ensemble, avec beaucoup de monde.

Bien sûr, notre séjour dans la jungle de Calais aurait pu être une malédiction s’il n’y avait pas eu les mains de quelques personnes généreuses qui nous tendent du pain, des vêtements, et de l’eau potable. Mais si quelques personnes peuvent faire toute la différence pour sauvegarder nos vies en état de choc extrême, comment se fait-il qu’un effort coopératif du monde entier ne

peut mettre fin à la discrimination contre ces immigrants ?

La plupart d’entre nous souhaitent la protection légale que la plupart des pays Occidentaux accorde à leurs animaux domestiques, de par leurs lois. En tant qu’être humain, pendant combien de temps encore me sentirai-je jaloux des chiens de Calais, quand je les vois recevoir des soins importants de la part de leurs propriétaires ? Seul Dieu connaît la réponse.

Gashaye

 

Vivre ensemble c’est vivre séparé :

D’Afrique, d’Asie, du Moyen Orient ou d’Europe, ils ont entrepris un long voyage parce que leur vie était menacée. Ici ensemble, nous nous aidons à rester des êtres autonomes et responsables. Nous refusons la situation qui leur est imposée et présentée comme une fatalité. Nous la refusons en partageant du temps quotidien, des discussions, des actions.

Ce voyage imposé a un coût : celui de la séparation. Nous sommes ensemble ici, mais certains et certaines d’entre eux sont séparés des leurs. Ce prix est d’autant plus élevé que la séparation n’est pas choisie et que personne ne sait quand elle prendra fin. Difficile de mesurer cela mais impossible de nier la déchirure née de la distance, du temps et de l’incertitude. Ça n’est pas toujours facile, c’est même souvent difficile. Il y a de la rage, des tensions, des incompréhensions, des larmes et des sourires, des silences et de la musique.

Mr X voulait participer à l’écriture du journal en résidence à  Norrent-Fontes. Un échange téléphonique avec sa femme restée au pays l’a tellement bouleversé qu’il n’a pu nous rejoindre dans cette aventure.

Nan Suel

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crédits photos : Afrouz RAZAVI, design graphique par Afrouz RAZAVI, textes sur la face Affiche en collaboration avec Danielle Rosales @labodives/ensadlab

FRAC Nord-Pas-de-Calais, Dunkerque

« Journal des Jungles » est à découvrir dans l’exposition « Chassés croisés » au FRAC Nord-Pas de Calais

Chassés-Croisés, tours et détours autour du détroit

Objets disparates, œuvres d’art, témoignages, documents d’archive… c’est à travers divers media que l’exposition « Chassés croisés » explore l’un des paradoxes les plus sensibles à l’ère de la mondialisation: les tensions entre la libre circulation des biens et des personnes et l’immigration irrégulière. Revenant sur les spécificités du détroit du Pas de Calais, l’exposition cherche à porter un nouveau regard sur les migrations en questionnant les représentations de l’étranger, du nomade, du voyageur.

 Douze ans après la fermeture du centre La Croix Rouge de Sangatte, les villes longeant le détroit du Pas de Calais sont toujours le point de chute de centaines d’exilés cherchant à rejoindre le Royaume-Uni. Ces migrants, ayant parcouru des milliers de kilomètres, se retrouvent coincés au cœur de l’Union Européenne, dans l’une des zones de circulation les plus fréquentées au monde. Le détroit du Pas de Calais constitue ainsi pour eux l’ultime frontière – naturelle et politique – les séparant de leur eldorado. Errant autour des points de liaison entre la France et le Royaume-Uni, ces individus vivent tant bien que mal, se réappropriant des lieux, recréant des univers familiers, redéfinissant les espaces urbains.

A contrario des flux de migrants prenant des chemins détournés allant du continent aux îles britanniques, les flux de marchandises et de voyageurs sont quant à eux bien plus directs. La ville de Calais, possédant le premier port de passager en France et le tunnel sous la manche, se trouve au centre des échanges transmanches et de la tension régnant entre liberté de circulation et immigration clandestine. Ces mouvements de population, qui se croisent sans jamais se rencontrer, sont à la base de chassés croisés continus où les circuits des uns sont inaccessibles aux autres.

Réfléchissant à cette problématique à la fois locale et mondiale, l’exposition Chassés croisés , conçue à partir des collections du FRAC Nord-Pas de Calais, met en dialogue des œuvres d’art contemporain, des documents archivistiques et des objets à valeur anthropologique interrogeant les paradoxes de la mondialisation à partir d’un territoire donné. L’exposition se veut être une approche à la fois esthétique et politique de cette problématique. Elle explore la représentation de ces paradoxes dans les arts visuels mais cherche également à sensibiliser les visiteurs et à créer un débat autour de questions profondément ancrées dans le quotidien des habitants de la Côte d’Opale.

Commissariat de Conversation Piece

Margaux Brugvin, Delphine David, Gauthier Melin

Avec des œuvres de:

Walead Beshty, Berlinde de Bruyckere, Olivier Jobard, Bouchra Khalili, Nikolaj Bendix Skyum Larsen, Mehdi Meddaci, Allan Sekula, Barthélémy Toguo, Bruno Serralongue, Lawrence Weiner.

 Avec la participation de:

Laboraratoire de Recherche DIVES (ENSADLAB), Louise Druelle (artiste), Philippe Gomont (photographe documentaire), Philippe Wannesson (blogueur de « Passeurs d’hospitalités”)

Conversation Piece

FracNord-Pas-de-Calais

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Crédites photos: Afrouz Razavi

Vivre Ensemble, Norrent-Fontes, du 20 au 23 novembre 2014

Dans les réflexions des deux éditions précédentes, le quatrième numéro du journal concentrer sur différents objectifs à la fois : l’objectif d’un magazine pour et avec les migrants. Le montage, la mise en page et la production du journal n°4 devraient avoir lieu entièrement au camp Norrent-fontes située dans le département du Pas-de-Calais. La collecte des textes et des rédactions quotidiens ont été mis en place sous la forme d’un journal mural dans le camp pour une période de trois jours. Ce était au premier plan, que les habitants des camps eux-mêmes deviennent auteurs de ce journal.Ensuite, un comité de rédaction des différentes parties prenantes a été formé in situ, composé de résidents du camp, les bénévoles des associations et des chercheurs de Labodives.

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Crédites photos: Afrouz Razavi et Danielle Rosales

Journal des jungles, n°3, 25 Août 2014

Parution du nouveaux numéro du journal des jungles. n°3 spécial voyage. En collaboration avec: PSM (la Plateforme de Service aux Migrants).

Éditorial du Journal des Jungles n°3

L’impasse de Calais

Il y a vingt ans, l’ouverture du tunnel sous la Manche visait à faciliter les déplacements entre la Grande-Bretagne et le continent européen. L’instauration de ce mode passage a entraîné en contrepartie un renforcement des contrôles migratoires par les autorités britanniques et leurs consœurs françaises, belges et hollandaises pour celles et ceux qui ne sont pas citoyens de l’UE. Depuis, la situation des personnes bloquées à cette frontière n’a cessé de se dégrader face au déploiement continu des forces de l’ordre. Par ailleurs au regard des aménagements qui se sont opérés durant cette période dans les ports comme à Calais ou à Dunkerque et autour des sites accueillant l’Eurostar, cette frontière de l’espace Schengen est probablement à ce jour un des dispositifs les plus accomplis dans le domaine de la politique d’externalisation des contrôles migratoires. Accords franco-britanniques institutionnalisant la nomination d’agents de liaison de chaque État en France et en Grande-Bretagne, implantation de contrôles migratoires britanniques sur le territoire français, etc. font de cette frontière un « modèle » dont la Grande-Bretagne tire profit et dont nous retrouvons des développements similaires aux limites extérieures de l’UE. Ces diverses situations qui s’égrainent sur le littoral de la Manche et de la Mer du Nord nous rappellent que les migrations dans le monde sont de plus en plus entravées – on n’a jamais autant construit de murs depuis la chute du mur de Berlin en 1989 – et les dispositifs grillagés entourant le site d’Eurotunnel et les ports en sont autant d’exemples locaux. Elles devraient également rappeler aux autorités que ces mécanismes ne résolvent pas la situation migratoire de Calais, pour preuve, il y a (et il y aura) toujours des migrants qui auront de bonnes raisons de vouloir traverser la Manche. C’est pourquoi, la mise en œuvre effective de la possibilité d’aller et venir des deux côtés de la Manche – ce que nous pourrions également appeler la liberté de circulation – est le seul moyen de changer radicalement la situation. Les autorités le savent sûrement mais elles ne font rien pour aller dans ce sens.

Olivier CLOCHARD

Publié dans le Journal des jungles n°3

Agence de voyageurs

Il y a eux d’un côté, nous de l’autre, cartographie conçue à la force de représentations solidement ancrées, soigneusement distillées : eux déferlent, débarquent, envahissent ; nous sommes ici, nous avons toujours été ici. La raison s’absente du récit, permettant que jamais personne ne puisse questionner l’origine de notre indiscutable présence ici-même, et que chacun s’alarme de l’étrangeté de ces étrangers voyageurs. Recomposer les représentations en offrant toute sa place à la raison, c’est permettre de considérer que nous autres avons également déferlé, débarqué, envahi. C’est entendre qu’à la source de chacune des présences sur un morceau de territoire réside un geste d’appropriation de celui-ci non généralement par plaisir ou amour, mais afin d’y puiser les ressources d’une survie. Il y a eux d’un côté, nous du même : du côté de celles et ceux qui voyagent et ont voyagé, du côté de celles et ceux qui ont sur le territoire, sur la Terre, une pratique de migrant. Telle est la cartographie constitutive de l’Agence de Voyageurs que les étudiants chercheurs de l’EnsadLab ont mis en oeuvre en avril dernier dans le calaisis en collaboration avec la Plateforme de Service aux Migrants, et avec le soutien du Channel de Calais. L’Agence de Voyageurs est une caravane où furent consignés les récits des voyageurs que nous sommes tous. Elle est un lieu de rencontre où se sont esquissées des représentations nettoyées des frontières séparant le destin de chacun d’entre nous. Elle est un espace où se sont agencés les désirs d’ici comme d’ailleurs. Elle fut, et demeure, un projet politique s’il en est.

Labodives

Publié dans le Journal des jungles n°3

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Crédites photos: Labodives  

Agence de voyageurs, du 7 au 10 avril 2014 

Passage de l’agence de voyageurs : du 07 au 08.04 à Calais, le 09.04 à la Communauté d’Emmaus de Saint Martin au Laert, le 10.04 au Marché d’Isburgues. L’objectif est de recueillir des informations sur les déplacements des migrants, transporteurs, touristes et autres calaisiens. Ces cartes et autres données collectées serviront de base pour le nouveau numéro du journal des jungles qu’ils mettront en page pour le mois de Mai. Projet en collaboration avec: PSM, LE CHANNEL, PEROU et CIVIC CITY. 

L’Agence de voyageurs ou quand la migration rime -avant tout- avec voyage…

Texte par : Martine Devries, Isabelle Hazell, Dominique Ruelle-Bourgeois, Nan Suel

Du 6 au 10 Avril trois chercheurs de l’ENSAD-LAB  Afrouz, Rahaf et Pejman, sont venus écouter les récits de voyage de ceux qui voulaient bien raconter…C’est un projet sur lequel ils travaillent depuis plusieurs mois : plans, visuels, essais, ce sont des designers, et ils procèdent méthodiquement, en collaboration avec le PEROU, et Sébastien Thiery.

A  Calais, il  y a d’abord eu l’habillage d’une caravane, prêtée par Emmaüs Dunkerque, accueillie dans la cour du  Channel où elle a retrouvé une jeunesse et un style qu’elle n’avait sans doute jamais espérés. Il y a eu aussi la réalisation d’une table de ping-pong,  représentant un planisphère : vous devinez ce que symbolise la balle. Pour dire vrai, c’est une oeuvre d’art ! Puis le décollage, un peu laborieux pour cause de pluie diluvienne le lundi, remis donc au mardi, direction le « camp des syriens » en face du lieu de distribution.

Il y a eu beaucoup d’émotion, de rires, de curiosité de part et d’autre et c’était formidable de voir toutes les personnes, de passage ou pas, s’emparer de « cet outil », se sentir pendant un moment comme chez eux dans, autour de cette caravane. Ils ont saisi avec enthousiasme la possibilité de s’exprimer, et je n’oublierai pas ces précieux moments. En attendant de pouvoir « raconter », ils ont joué au ping pong, brio et fous rires au rendez-vous, discuté en rechargeant leur portable, profité  à de nombreuses reprises de thé et café préparés dans la caravane, et distribués par la fenêtre: c’était très, très convivial, cet échange, en attendant que l’eau chauffe ! 

Mercredi matin, la caravane se déplace à Saint Martin au Laert près de Saint Omer,  tractée par François, notre chauffeur et guide touristique. Découverte pour Afrouz, Rahaf et Pejman des chapelles et des canaux de Salperwick. Projets de balade en barque, une autre fois. Dès l’arrivée dans la cours d’Emmaüs, un membre de la communauté, d’origine camerounaise, montre son parcours sur la carte de la  table de ping-pong à peine ouverte. Puis viennent des jeunes, mineurs étrangers isolés, accompagnés par Achille de la structure France Terre d’Asile. Ils jouent au ping-pong, l’un d’eux prend des photos, car eux aussi font un journal.  Il est très fier d’avoir autour du cou l’appareil de Pejman. Puis viennent des migrants de passage à Tatinghem. Et là, tous  « racontent », partagent, même s’ils ne parlent pas la même langue. Un jeune libanais s’improvise coiffeur avec des ciseaux de fortune (il a décidé de suivre une formation pour devenir un vrai coiffeur). Un migrant afghan donne une paire de baskets à un jeune albanais alors que les siennes sont trouées. Ils mangent et découvrent pour certains le ferni, dessert afghan préparé par Brigitte.

Dans l’après-midi, Éric, milivole de Terre d’Errance, embarque  la caravane et les artistes-chercheurs, direction : Norrent-Fontes ! Autour d’un goûter métissé fait de jus de fruits, de café au girofle, de clémentines, de dattes et de madeleines, les crayons et le ping-pong offraient une alternative au foot et au volley sous un soleil de printemps. A Norrent-Fontes comme trop souvent ailleurs, même si quelques bénétants prennent le temps de discuter avec les exilés, nous nous noyons dans l’urgence quotidienne…Nous ne voyons pas, ou nous n’avons pas  la possibilité matérielle de nous occuper d’autre chose que de répondre à des besoins pratiques, et parfois vitaux !  Ce jour-là nous avons eu  la possibilité de parler et d’être écoutés. Les exilés s’en sont saisi. Ils et elles, ont dessiné, ont écrit, ont raconté, se sont raconté-e-s jusqu’après la tombée de la nuit, à la lumière des téléphones portables. Le lendemain matin, la caravane s’est posée, toute colorée au milieu du marché d’Isbergues, à 7 kilomètres du camp, gare où descendent les migrants de passage qui se rendent à Norrent-Fontes. Interrogation des marchands habituels, des passants :

« Que vendent-ils donc ? »

« Rien. Mais vos histoires nous intéressent. Vos histoires de voyages, réalisés ou rêvés. Racontez-nous, s’il vous plaît, montrez-nous sur la carte…et savez-vous qu’à quelques kilomètres, il y a d’autres voyageurs, partis de loin et depuis longtemps, dont certains ne savent pas où s’arrêtera leur route ?»

Que de rencontres, là encore ! Un adhérent à Terre d’Errance, voyageur immobile et silencieux, en profite pour régler sa cotisation, un monsieur raconte son voyage à Auschwitz « pour la mémoire », une dame crie à la honte parce que les pouvoirs publics laissent vivre des personnes dans des bidonvilles sans rien faire pour les loger plus dignement, une autre  explique chaque étape des quinze jours passés en Égypte, un adolescent  aimerait aller voir les cerisiers en fleurs, au Japon.

D’ici ou d’ailleurs, nous sommes là, et nous avons dessiné et raconté nos vies sur les mêmes cartes. Les récits recueillis, traduits et transcrits  seront la matière du N°3 du Journal des Jungles, qui va bientôt changer de nom, à cette occasion. 

Flyer agence de voyageurs, sur le site de PSM

Un article raconte le début du voyage à Calais, sur le blog Passeurs d’hospitalités

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Crédites photos: Rahaf Demashki et Hélène Ségard

Après le départ de l’Agence, certains visiteurs ont gardé le contact avec nous et nous ont adressé des retours concernant ce projet sous forme de dessins et de textes.

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Journal des Jungles n.2, février 2014

Parution du nouveaux numéro du journal des jungles. N2 spécial hébergement. Projet en collaboration avec: PSM (la Plateforme de Service aux Migrants), PEROU (pôle d’exploration des ressources urbaines).

Éditorial du Journal des Jungles (numéro 2)

Faire l’hospitalité : seule politique responsable.

Les tenants de la politique dite « de fermeté » détiennent la solution : il convient d’expulser et de détruire toute installation illicite (compter 100 000 euros pour une telle opération sur un bidonville de 100 personnes, selon les calculs de l’association PEROU), reconduire les clandestins à la frontière (compter 21 000 euros par tête, selon les chiffres de François Gemmene, de l’Institut du développement durable et des relations internationales), rétablir la totalité des postes de contrôle douanier, redéployer par milliers des forces de polices aux frontières, abroger des dizaines de conventions internationales, défaire par conséquent les accords commerciaux qu’elles contiennent et réduire de moitié les ambitions d’exportation, changer de régime afin de se débarrasser des principes fondamentaux de cette République, inviter enfin, une fois exécutées ces quelques formalités, la population française à procréer 2,2 fois plus qu’à l’accoutumé afin de donner à la pyramide démographique une silhouette digne de ce nom et de garantir au pays une survie au-delà de 2050.

 Nul besoin d’être grand clerc pour conclure que l’irresponsabilité et la démagogie sont de ce parti-là : nous n’avons pas les moyens d’expulser toute la misère du monde ! Pire : nous avons besoin de l’accueillir, et dans les meilleurs conditions qui soient. D’où notre obstination, à nous tous qui nous retrouvons sur les terrains où l’hostilité fait rage : faire l’hospitalité, au moins parce que nous n’avons pas d’autre choix que celui-ci.

 Sébastien Thiéry

Publié dans Journal des Jungles n°2

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Crédites photos: Labodives – Afrouz Razavi 

Calais, 1ere décembre 2013.

Contre la façade d’un bâtiment désaffecté, en regard de la place où sont offerts des repas aux personnes sans ressource, de grandes parenthèses noires s’ouvrent sur fond blanc : des affiches vierges où des mots, des pensées et des cris viennent peu à peu prendre place. Au sol d’un squat de la rue Victor Hugo où vivent principalement des femmes érythréennes, un rouleau de papier se recouvre, pas à pas, d’éclats de voix, de fragments de récits : de paroles littéralement inouïes. Un monde étouffe sous nos yeux, que nous ne voyons pas. Faire place à ce monde là, qui est aussi le nôtre, tel est l’un des enjeux de cette première action, qui en appelle d’autres à venir. Pour l’heure, ce qui entre parenthèse s’est révélé sera affiché au coeur du Journal des Jungle, publication coordonnée par la Plateforme de Service aux Migrants. Les étapes à venir s’inventeront, en collaboration avec l’association PEROU et les membres du programme de recherche de l’EnsadLab que sont Rahaf Demashki, Pejman Mirzaei et Afrouz Razavi, sous la direction de Ruedi Baur et Sébastien Thiéry. 

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Crédites photos: Labodives – Afrouz Razavi 

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